Un musée vivant est un musée qui s’enrichit !

De nouvelles acquisitions viennent enrichir les collections du musée des Années 30 ...

Un musée vivant est un musée qui s’enrichit !

Un musée vivant est un musée qui s’enrichit ! Dons, achats ou dépôts permettent de mettre en lumière de nouveaux artistes encore peu présents dans les collections ou de compléter des corpus déjà existants.

La Belle Hélène (1935)

Henri Clément Serveau dit Clément-Serveau (1886-1972) se forme à l’École nationale des Arts Décoratifs puis à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, dans les ateliers de Luc-Olivier Merson et Raphaël Collin. Directeur artistique de la collection du Livre Moderne Illustré de 1919 à 1940 chez l’éditeur Ferenczi, il y déploie ses talents de graveur en illustrant des ouvrages de Maurice Genevoix, Colette ou encore Jean Giraudoux ; domaine qu’il exploitera également à partir de 1920 pour la conception de billets de banque et de timbres postes.

Serveau participe aux grandes manifestations de l’entre-deux-guerres. À l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, il est récompensé par une médaille d’or et réalise en 1937 pour le Pavillon du tourisme une grande fresque ; technique qu’il pratiquera jusqu’à la fin de sa carrière comme en témoignent celles réalisées en 1954 sur certaines maisons de la Cité ouvrière du laboratoire Débat, construite par René Crevel à Garches, ou celle commandée dans le cadre du 1% artistique pour le réfectoire du lycée de Meaux.

Entre 1934 et 1936, Serveau séjourne plusieurs fois en Grèce. À son retour, il expose à la Galerie Charpentier (avril 1935) ou dans son atelier (mars 1936). Son ami, le critique d’art Raymond Escholier écrit à cette occasion dans Le Journal du 9 mars 1936 : « Depuis deux ans, Clément Serveau s’attarde en Crète et dans les Cyclades, à Delphes, et à Olympie, à Egine, à Sparte et à Mistra. Parlant le grec, partageant la vie des bergers, voici qu’il nous apporte, sans doute sur la race toujours noble, sur les vestiges antiques, sur les églises byzantines, sur cette singulière et ravissante lumière d’Hellas étonnamment cristalline, le témoignage le plus sincère, le plus directe.  Ceux de nous qui ignorent encore le bienfait d’une telle lumière […] voudront faire le voyage dans l’atelier de Serveau ; et les autres plus privilégiés, retrouveront dans avec émotion dans ces tableaux recueillis, dans ces lavis frémissants, l’ineffable harmonie de la terre des dieux ».


Clément-Serveau, 
La Belle Hélène © Droits réservés. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier. 

Le tableau acquis par la ville de Boulogne-Billancourt pour le musée des Années 30 fut sans doute présenté lors de l’une de ces expositions. Si son titre, La Belle Hélène, s’inspire de la figure mythique dont l’enlèvement déclencha la Guerre de Troie, c’est bien ici le portrait d’une habitante de Naxos que Serveau a choisi de peindre. Le contraste entre l’azur du ciel et les maisons blanches que vient renforcer la couleur sombre de sa coiffe, sculpte le visage de cette femme aux courbes harmonieuses et au regard serein.

Après la Seconde Guerre mondiale, Clément-Serveau s’oriente vers une esthétique néo-cubiste tout en conservant son goût pour la ligne et la couleur.

Nicolas Eekman (1889-1973) à la croisée des mondes

      
De gauche à droite : Nicolas Eekman, Moulin à Ersel, Chapelle en ruines et Chapelle© Adagp, Paris, 2024. 
Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

Au 106 de la rue du Château à Boulogne-Billancourt vécut de 1927 à 1933, le peintre flamand Nicolas Eekman. Né à Bruxelles dans la chambre où Victor Hugo écrivit Les Misérables, il obtient en 1913 son diplôme en architecture à l’Académie royale des Beaux-Arts. Réfugié en Hollande durant la Première Guerre mondiale, il s’adonne à la technique de l’eau-forte et du bois gravé. Moulin à Eersel, Chapelle en ruines, Chapelle, Port à Veere et Mare à Eersel témoignent des affinités de l’artiste avec son homologue Vincent van Gogh qu’il admire. Installé à Paris en 1921, il fréquente les artistes du quartier de Montparnasse avec lesquels il noue des amitiés durables. La danseuse de corde, La nage et La fille prodigue attestent du goût de Eekman pour la peinture figurative teintée de fantastique et d’expressionisme à laquelle il restera fidèle toute sa vie. Les thématiques abordées s’inspirent du monde paysan, des contes et légendes de son pays avec un sens aigu du cadrage et de la composition.


Nicolas Eekman, La danseuse de corde© Adagp, Paris, 2024. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

Dans l’œuvre graphique du peintre transparaît de manière encore plus prégnante ses influences empruntées aux courants artistiques modernes comme dans Le jeu de boules à Sanary, La Tour de Babel et Deux Femmes.

Grâce à cette donation de la fille de Nicolas Eekman, le musée des Années 30 s’enrichit d’un ensemble qui complète celui déjà existant dans les collections, initialement constitué de dix xylogravures, d’un dessin et d’une lithographie, acquis par le docteur Albert Bezançon (1879-1983), premier conservateur du musée et de trois dessins précédemment donnés également par sa fille en 2000.

Deux nouvelles œuvres de George Desvallières

Grâce au dépôt généreux de la société Malakoff Humanis, deux pièces majeures du peintre George Desvallières sont entrées au musée des Années 30. Elles confirment l’importance de cet artiste au sein du parcours des collections dont le musée conservait déjà huit œuvres graphiques (dessins et gravures) et une huile sur bois.

La Grèce, titre donné par la Galerie Eugène Druet lors l’exposition du tableau en 1913, fait référence au deuxième chant du Pèlerinage de Child Harold, poème épique écrit par Lord Byron entre 1812 et 1818. Une figure féminine monumentale, dont les formes pleines ne sont pas sans rappeler celles des sculptures d’Antoine Bourdelle et d’Aristide Maillol, se détache sur un fond d’un bleu profond. Assise sur une couronne d’ipomées, le coude posé sur son genou droit relevé, c’est une Grèce mélancolique que Desvallières personnifie. Lors de son exposition en 1910 au Salon d’Automne, dont Desvallières est l’un des fondateurs, l’œuvre marque les esprits. Le critique Pierre Hepp évoque ainsi à son sujet dans La Grande revue du 9 octobre 1910 « la puissance spirituelle d’une Grèce de haut style ».

   
De gauche à droite : George Desvallières, La Grèce et Sainte FamilleDomaine public, Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

Comme Maurice Denis, George Desvallières est intimement lié à l’histoire de l’art sacré de l’entre-deux-guerres. Issu d’une famille peu pratiquante, excepté sa mère, il se convertit en 1904 et peint alors de nombreux sujets religieux. Dans ses tableaux s’entremêlent représentations du sacré et vie familiale ; dans cette Sainte Famille, l'artiste a ainsi donné les traits de sa mère jeune, Marie, à la Vierge, et ceux de son père Émile à saint Joseph ; le décor est celui de sa propre demeure. À propos de cette œuvre, Louis Vauxcelles écrit dans Gil Blas le 19 juin 1913 : « il se pourrait bien que ce fut un chef d’œuvre ».

 

Claire Poirion
Chef du service de la Conservation