Étienne-Jules Marey, la station physiologique du Parc des Princes et l’Institut Marey

Plongée dans les recherches de ce scientifique de renom, menées au bois de Boulogne

À l’occasion du bicentenaire de la photographie (du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027) et des journées européennes du patrimoine 2026, qui ont pour thème le patrimoine photographique, découvrez le fonds Étienne-Jules Marey conservé au musée des Années 30.

Médecin de formation, physiologiste, professeur au Collège de France, Étienne-Jules Marey (1830-1904) consacre ses recherches à l’étude du mouvement, qui lui valent une renommée internationale. Il s’inspire pour cela directement du vivant : des hommes et des animaux – oiseaux, chevaux ou chiens –, inventant des outils qui permettent de capter des détails invisibles à l’œil nu afin de mieux comprendre leurs déplacements. En 1873, il rassemble le résultat de ses recherches dans un ouvrage intitulé LaMachine animale : locomotion terrestre et aérienne.

   

À gauche : Portrait d’Étienne-Jules Marey, AR.MA.3. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier / à droite : Étienne-Jules Marey, La Machine animale, AR.MA.16. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

Afin de disposer d’espaces suffisamment grands pour étudier la physiologie du mouvement, en particulier chez les animaux, Marey crée, entre 1881 et 1882, la station physiologique du Parc des Princes, également appelée station physiologique du Collège de France. Celle-ci était située à l’emplacement de l’actuel stade Roland-Garros, sur un terrain concédé par la ville de Paris en lisière du bois de Boulogne. L’entrée se trouvait au niveau de l’avenue Gordon Bennett. Le projet est subventionné par l’État, notamment le ministère de la Guerre qui s’intéresse aux travaux du scientifique. En effet, une meilleure compréhension du mouvement pouvait trouver des applications concrètes, telles que l’amélioration de la forme de la chaussure du soldat ou l’évaluation de la charge maximale supportable.

En-tête de courrier de la station physiologique avec plan de situation, correspondance de Jules Marey et Henri de Lacaze-Duthiers. Domaine public. Archives de Sorbonne Université, 1_HLD_0924.

À la station physiologique, Marey expérimente un nouveau procédé : la chronophotographie, qui permet d’obtenir une photographie montrant, en une seule image, un mouvement décomposé en plusieurs temps. À l’entrée, un hangar peint en noir, avec des panneaux et des rideaux, permet de fermer l’espace afin d’adapter la surface à l’ampleur du mouvement à photographier. Une horloge à cadran électrique est filmée simultanément afin de mesurer la durée et la vitesse du mouvement (à droite, sur la chronophotographie du chien).

   

À gauche : Étienne-Jules Marey, chronophotographie d’un chien qui court, AR.MA.4.4. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier / à droite : Étienne-Jules Marey, chronophotographies d’athlètes, AR.MA.2.1/2/3/4. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

La station comprend également un chalet et une grande piste circulaire pour l’analyse de la marche et de la course. Dès 1885, Marey photographie des athlètes de l’École de Joinville, une unité militaire formant des sportifs : lanceurs, coureurs, sauteurs, perchistes, etc. Il réalise, avec Georges Demenÿ, son collaborateur le plus proche, plus de 600 films chronophotographiques, dont un nombre important est conservé à la Cinémathèque française.

En 1902, Marey fonde sur le même terrain un institut qui portera son nom. Il prendra place au fond du terrain, dans un bâtiment à trois étages, réalisé par Gustave-Adolphe Gerhardt (1843-1921), architecte du Collège de France. Géré par une association savante internationale, l’institut a pour but de standardiser et de conserver les instruments de mesure physiologiques.

   

À gauche : L. Bull, Photographie de l’Association de l’Institut Marey, AR.MA.10. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier / à droite : Agence Rol, 3/6/1914, Boulogne[-Billancourt], Institut Marey [jour de l'inauguration du monument Étienne-Jules Marey], Gallica.fr / Bibliothèque nationale de France. 

Après la mort du scientifique en 1904, la station physiologique est dirigée par un conseil d’administration mis en place par le Collège de France, tandis que l’Institut Marey est géré de manière indépendante et, en pratique, par d’anciens élèves de Marey : Lucien Bull et Pierre Noguès.

Ces deux bâtiments sont détruits en 1978-1979 lors de l’extension du stade Roland-Garros à l’Est. Bien que déplacé, le monument commémoratif à Étienne-Jules Marey sculpté par Paul Charles Auban et édifié en 1914, s’y trouve toujours. Initialement inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, ses cendres y ont été transférées.

La notoriété des travaux de Marey n’est donc plus à démontrer. Pour certains, il est même précurseur, voire l’inventeur, du cinématographe. Dès 1937, René Buhot, dans son ouvrage La voix de Marey : Histoire de l’invention du cinématographe, précise sous une photo : « Station physiologique du Parc des Princes, à Boulogne-sur-Seine, où Marey inventa et construisit la première caméra du monde, laquelle lui permettait de prendre 50 images par seconde ». Toutefois, le physiologiste ne s’intéresse au mouvement que pour le décomposer et ne souhaite pas en proposer une version animée, contrairement à Edward Muybridge, dont les travaux portent à la même période sur la multiplication de l’image, ou aux frères Lumière, qui brevètent le procédé dès 1895.

Le fonds d’archives conservé au musée des Années 30 a été réuni et donné par Denise Albe-Fessard (1916-2003), neurophysiologiste française. En 1945, elle est recrutée à l’Institut Marey en tant qu’assistante avant de diriger sa propre équipe de recherche.

 

Chloé Lendroit
Chargée des ressources documentaires