Landowski et le Christ rédempteur : une aventure digne d’un roman
jeudi 21 mai 2026
Apprenez en plus sur Paul Landowski dans le roman Les Sept Soeurs de Lucinda Riley
L’année 2026 marque le centenaire des premiers travaux du plus grand monument Art déco du monde : le Christ rédempteur réalisé par le sculpteur boulonnais Paul Landowski. Complexe et fascinante, cette épopée artistique inspire notamment l’autrice américaine Lucinda Riley en 2014 pour le premier tome de sa célèbre saga littéraire Les Sept sœurs.
[Cet article est susceptible de divulgâcher la lecture du roman.]
Le Christ rédempteur, une œuvre centrale dans la carrière de Landowski et Riley
Paul Landowski (1875-1961) et Lucinda Riley (1965-2021) ont un point commun : tous deux sont les créateurs d’une œuvre à la renommée internationale que, chacune dans son domaine, l’on pourrait aujourd’hui qualifier d’« incontournable ». Lui est un artiste reconnu de son vivant, lauréat du Grand Prix de Rome de sculpture en 1900, elle est une férue de théâtre et d’écriture qui imagine l’histoire de sept sœurs à la quête de leurs origines après le décès de leur père. Amatrice de voyages et de fictions historiques, Lucinda Riley décide ainsi de situer l’action du premier volume du cycle Les Sept sœurs (qui compte en tout huit romans) au Brésil, à Rio de Janeiro. Le choix n’est pas dû au hasard : l’écrivaine y raconte le séjour de Maia sur les traces de son arrière-grand-mère Isabela - dite Bel – qui aurait assisté à la réalisation du Christ rédempteur de Paul Landowski pour le mont Corcovado…

À gauche : Paul Landowski à la Villa Médicis en 1903, Musées de la ville de Boulogne-Billancourt (AR.LA.253.3) / au milieu : maquette en plâtre du Christ rédempteur, Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier / à droite : Lucinda Riley, Unnamed photographer for Cappelen Damm publishers, Oslo, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lucinda_Riley.jpg.
Fiction, réalité ?...
Le roman nous transporte donc dans le Boulogne-Billancourt des années 1920-1930, au sein même de l’atelier du sculpteur Paul Landowski : Lucinda Riley s’inspire directement des anecdotes réelles autour du projet du Christ rédempteur – notamment les longues discussions et étapes techniques mobilisant l’ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa (1873-1947) et Paul Landowski – pour ficeler son récit. Soucieuse d’être au plus près de la réalité pour relater cet épisode majeur, elle missionne l’une de ses amies proches à la recherche des informations nécessaires à son entreprise littéraire… Au centre de documentation des musées de la ville de Boulogne-Billancourt ! Un passage bienvenu pour restituer l’histoire incroyable de cette œuvre monumentale, dont un plâtre préparatoire est exposé dans les salles du musée Paul Landowski.
Le lecteur se fraie ainsi un chemin dans les coulisses du projet : nommé pour superviser la construction du Christ monumental pour les futures commémorations du centenaire de l’indépendance du Brésil, Heitor da Silva Costa part à la rencontre de Paul Landowski à Boulogne-Billancourt. Ce dernier a créé vingt ans auparavant trois allégories en pierre pour le Palais Piratini de Porto Alegre, siège du pouvoir exécutif de l’État du Rio Grande do Sul, et s’est donc déjà fait un nom au Brésil. L’ingénieur le choisit pour commencer en 1926 ce chef-d’œuvre combinant ingénierie, sculpture et architecture.
Le roman de Lucinda Riley retranscrit fidèlement les échanges professionnels entre les deux hommes au fil des années et des modifications apportées au projet, notamment grâce au journal tenu par Paul Landowski qui mentionne aussi bien la mise en œuvre que les réticences de l’artiste au regard de sa commande. Avec ses dimensions impressionnantes - 30 mètres de hauteur pour le monument final - et sa localisation insolite à plus de 700 mètres d’altitude, le Christ rédempteur représente un défi de taille pour le sculpteur, pourtant adepte de la monumentalité. Le lecteur est alors tenu en haleine tout au long des prouesses techniques mais également des difficultés évidentes autour de la concrétisation de cette œuvre colossale.

À gauche : Paul Landowski, Études du Christ rédempteur, © Adagp, Paris, 2022. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt / à droite : main du Christ rédempteur sculptée dans l'atelier de Paul Landowski à Boulogne-Billancourt, Musées de la ville de Boulogne-Billancourt (AR.LA.54.15).
… Ou les deux à la fois ?
La réalité historique côtoie malgré tout la fiction construite par l’autrice américaine autour de l’histoire familiale des sept sœurs. L’un des temps forts du premier volume concerne en effet la révélation du modèle des mains du Christ rédempteur, dont la jeune Maia découvre tout juste les détails. C’est au sein de ce passage que la fiction et la réalité s’entremêlent : le livre évoque l’implication de Margarida Lopes de Almeida (1896-1979) en tant que modèle pour les mains du Christ rédempteur de Landowski. Le doute subsiste quant à la véracité de ce fait. En revanche, Margarida Lopes de Almeida a bel et bien existé et s’est illustrée en tant que poète et sculptrice au Brésil au cours du XXᵉ siècle.
Malgré le jeu d’équilibriste auquel Lucinda Riley se livre avec cette fiction historique, force est de constater que la richesse et la précision documentaires concernant le Christ rédempteur et son auteur sont les vrais points forts du roman. Ces anecdotes permettent à un nouveau public de découvrir ou redécouvrir les nombreuses péripéties qui ont abouti en 1931 à l’inauguration officielle du monument religieux sur le mont Corcovado. Autant d’informations passionnantes qu’il est possible de retrouver au sein même du musée Paul Landowski de Boulogne-Billancourt.
Virginie CARDOSO
Cheffe du service des publics, de la programmation culturelle et du patrimoine


