Valentine Reyre et l’église du Village français

Focus sur une artiste majeure de l'art sacré du début du XXᵉ siècle

Au début du XXᵉ siècle, l’art sacré connaît un renouveau, motivé par l’utilisation de nouveaux matériaux, l’ambition de reconstruire les édifices endommagés et détruites pendant la Grande Guerre, mais aussi par une volonté des artistes de s’éloigner des tendances académiques. Dans ce contexte, nombre d’entre eux décident de donner un nouveau visage aux œuvres religieuses, qu’il s’agisse d’architecture, de peinture ou de sculpture.

Très tôt passionnée par l’art et la philosophie, Valentine Reyre (1889-1943) embrasse une carrière artistique à partir de 1912, en adhérant à la Société de Saint-Jean pour le développement de l’art chrétien. Artiste pluridisciplinaire, elle pratique la peinture, la sculpture, le dessin de vitraux ou encore la gravure. Elle se forme notamment auprès de Lucien Simon (1861-1945), connu pour ses tableaux représentant la Bretagne.

En 1916, elle fonde, avec Maurice Storez (1875-1959) et Henri Charlier (1883-1975), le groupe de l’Arche, dans le but de rassembler des artistes et architectes catholiques. Cette communauté, engagée pour la reconstruction des œuvres et monuments religieux, naît quelques années avant la création des Ateliers d’art sacré par Maurice Denis (1870-1943) et George Desvallières (1861-1950), auxquels elle participe par la suite activement. Les filles de ces derniers, Noële Denis (1896-1969) et Sabine Desvallières (1891-1935), se lieront d’ailleurs d’amitié avec Valentine Reyre.

Marquée par les désastres de la Première Guerre mondiale, Valentine Reyre intensifie sa production d’art religieux, gagnant en notoriété. Elle participe à partir de 1920 à de nombreuses expositions qui lui valent un vif succès. L’année suivante, la jeune artiste s’essaie à la peinture à fresque sur les murs extérieurs de la maison familiale situé à Cernay, en Alsace – une expérience qui confirmera son intérêt pour cette pratique artistique. Son tableau L’Ascension du Christ est très remarqué au Salon des Indépendants en 1922 ; il traversera même  l’Atlantique pour figurer au sein de la 21ᵉ Exposition internationale du Carnegie Institute de Pittsburgh, aux États-Unis.

Valentine Reyre, L'Ascension du Christ. Domaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier.

Cette période féconde de la carrière de Valentine Reyre se poursuit avec sa participation à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, pour la décoration du l’église du Village français. Situé le long de la Seine, le Village français est une réalisation de la Société des Architectes Modernes, dont l’un des fondateurs est Hector Guimard (1867-1942), chef de file de l’Art nouveau et célèbre concepteur des bouches de métro parisiennes. Sur place, les visiteurs trouvent tout ce qui constitue un village classique : mairie (imaginée par Guimard), école, boulangerie, commerce, pharmacie, cimetière… Rien n’est laissé au hasard dans l’organisation des lieux. L’ensemble se veut une représentation à la fois pittoresque et moderne de la France, avec ses particularités techniques (béton) et architecturales (colombages, briques).

   

Village français et son église, Bâtiments et jardins, planches 67 et 68, Éditions Albert Lévy, 1928.

L’église du Village français est l’œuvre de l’architecte Jacques Droz (1882-1955). Sa décoration mobilise plus d’une centaine d’artistes, dont Maurice Denis (1870-1943), Pauline Peugniez (1890-1987) et Louis Barillet (1880-1948), engagés dans la promotion de l’art chrétien. À l’extérieur, l’architecture de l’église impressionne par son influence romane et son imposant clocher orné d’un Christ sculpté par Henri Charlier, artiste proche de Valentine Reyre. L’intérieur présente des fresques, des sculptures et des vitraux montrant la diversité du style Art déco. C’est dans cet édifice que se trouve la Vierge du Village français, sculptée par Carlo Sarrabezolles (1888-1971), aujourd’hui exposée au 3ᵉ étage du musée des Années 30.

Valentine Reyre peint à fresque quatre grandes figures ailées sur la contre-façade de l’Église du Village français : Saint-Jean et l’Ange, La Vierge de l’Apocalypse, L’Ange aux clefs et L’Ange à l’encensoir. Les grands dessins préparatoires de trois d’entre eux sont actuellement présentés au sein du cabinet d’arts graphiques du musée des Années 30, dans le cadre de l’exposition-dossier Images d’une exposition. Un centenaire pour l’Art déco.

      

Valentine Reyre, Vierge de l'ApocalypseL'ange à l'encensoirSaint-Jean et l'AngeÉtude pour la contre-façadeDomaine public. Musées de la ville de Boulogne-Billancourt - Photo Thierry Ollivier. 

Les figures alternent avec quatre médaillons de l’artiste ukrainien Wladimir Polissadiw (1883-1940). Au centre se trouve un vitrail représentant le couronnement de la Vierge, également créé par Valentine Reyre.

Reconnue pour ses talents de fresquiste et de dessinatrice de vitraux, Valentine Reyre participe à la décoration de l’église Notre-Dame-des-Missions de l’Exposition coloniale internationale de 1931, mais aussi à celle de l’église du Saint-Esprit à Paris, considérée comme un chef-d’œuvre de l’Art déco et comme l’une des démonstrations d’art religieux les plus abouties des années 1930. Elle cessera toute activité artistique à partir de 1940 afin de se consacrer pleinement à des actions caritatives.

Le musée des Années 30 conserve plusieurs œuvres et fonds documentaires attestant de la virtuosité des artistes de l’entre-deux-guerres en matière d’art sacré.

Virginie Cardoso
Cheffe du service des publics, de la programmation culturelle et du patrimoine